Biocarburants

Biocarburants bas carbone, haute traçabilité

Article rédigé le 9 juin 2021

La durabilité est au carrefour de toutes les actions de Saipol

L’itinéraire d’un biocarburant bas carbone commercialisé dans les pays du nord de l’Europe, tracé via la solution OleoZE, certifié, est un bon exemple de toutes les garanties qu’apporte l’entreprise à ses clients. Les enjeux réglementaires et fiscaux européens autour du transport décarboné structurent une nouvelle offre en énergie.

Les économies de carbone ont aujourd’hui un rôle fondamental dans la détermination du prix de l’énergie renouvelable.

Quand une cargaison d’ester de colza, fabriqué dans l’usine de Saipol de Grand-Couronne en Seine-Maritime, quitte le port du Havre pour la zone ARA (Anvers – Rotterdam – Amsterdam), elle a dans son registre de certifications en bonne et due forme, un passeport bien particulier : l’attestation de durabilité. En complément des incontournables tampons douaniers et autres papiers obligatoires, elle est l’indispensable viatique pour entrer sur le marché des biocarburants allemands et suédois. Preuve d’une traçabilité rigoureuse, contrôlée, à chaque étape depuis le champ de colza, elle garantit l’empreinte bas carbone de l’huile ou du biodiesel qui va voyager dans la cale du cargo. Car les pays vers lesquels le produit est destiné reconnaissent fiscalement le bénéfice environnemental des énergies renouvelables par le prisme de leur économie en Gaz à effet de serre (GES). Dans ce cadre, l’énergie est valorisée à l’aune de son bilan carbone. Et la valeur ajoutée est partagée par Saipol avec tout l’amont agricole.

Alors, pour avancer sereinement, Saipol a renforcé depuis 2018 son process fondé sur des critères de durabilité des oléagineux. Son point d’ancrage ? Un mix de compétences liées au projet d’entreprise qui fait sens : accompagner la transition agroécologique des fermes françaises tout en répondant aux objectifs européens d’atteinte de la neutralité carbone pour le transport en 2050.

Chargement biodiesel, Saipol Grand-Couronne

Une empreinte carbone, une ferme

Dans cette chaîne d’efficacité, un point nodal : le desk Carbone et Energies que dirige Romain Lebas. Avec ses trois collaborateurs, il a pour mission d’orchestrer la diversité des énergies renouvelables vendues par Saipol et de veiller à la conformité de chaque lot commercialisé en termes de performance de réduction des GES. Ainsi, dès réception d’une commande, l’équipe s’assure de mettre en œuvre tous les ingrédients. Leur registre ? Principalement la solution d’achats de graines issues de l’agriculture régénératrice OleoZE, sur laquelle sont inscrits les contrats des graines collectées auprès des organismes collecteurs et des agriculteurs. Leur stratégie ? La comptabilité matière. « Avec mon équipe, nous avons un statut qui combine les compétences d’un trader à celle d’un logisticien, explique-t-il. Trader, parce que c’est le carbone qui fait le prix, logisticien, parce que nous devons composer avec tous les lots que nous pouvons acheminer vers l’une de nos usines pour atteindre un objectif de carbone économisé. »

620 000 Tonnes

de biodiesel certifiés bas GES ont été vendus par Saipol en Allemagne et en Suède, de janvier 2018 à juin 2021.

Toute économie de CO2 devient structurante. Ils s’appuient alors sur une formule inscrite dans le marbre : « Une empreinte carbone, une ferme ». Car, les graines qui pèsent dans la balance ou plutôt qui font baisser le poids du carbone sont produites dans des fermes françaises. Elles cultivent le colza selon l’agriculture de conservation. En contractualisant directement avec Saipol via OleoZE, ou via leurs organismes stockeurs, coopératives ou négoces, les agriculteurs s’engagent à respecter des pratiques favorisant le stockage du carbone dans les sols, limitant les émissions directes et indirectes de GES. Cela se traduit par exemple par des techniques de travail du sol simplifié, par la mise en place d’intercultures, ou la substitution des engrais minéraux azotés par un amendement organique. La valeur carbone des colzas est établie à partir d’une méthode de calcul reconnue par la Commission européenne.

Contrôles indispensables à chaque maillon, du champ à l’usine

Bien évidement qui dit attestation de durabilité dit contrôle possible par les administrations allemande et suédoise. La question, adressée au fournisseur d’énergie, peut être très précise, avec des éléments de preuves du niveau de réduction en GES d’un lot de graines. Via OleoZE, le fil est remonté jusqu’à la parcelle de colza avec le calcul intégral des économies de GES et les pratiques correspondantes. « C’est l’élément clé pour garantir la durabilité de ce système et nous imposer comme acteur majeur sur le marché », souligne Romain Lebas. En complément, chaque agriculteur est audité sur sa ferme. Même stratégie pour les organismes stockeurs. En revanche, ce sont eux qui s’assurent de la preuve de leurs adhérents ou clients agriculteurs. « Dans de rares cas nous avons dû annuler un contrat, plutôt liés à des effets de bord. Par exemple un agriculteur avait retourné une prairie permanente pour semer du colza, alors que c’est interdit depuis 2008 », se souvient-il.

L’entreprise Saipol aussi est auditée par ses clients sur l’ensemble des critères de durabilité. Avant de rentrer dans les détails de chaque provenance de graines, les contrôleurs peuvent se fier aux certificats de durabilité. Ces derniers sont associés soit aux types de matières premières transformées, soit aux pays destinataires des énergies. L’entreprise dispose de trois schémas de certification différents, bientôt de quatre, voire cinq.

Le certificat 2BSVS, reconnu en France depuis la première directive de promotion des énergies renouvelables en 2009, s’applique à l’amont agricole et est un premier niveau de garanti sur les matières premières. Le certificat ISCC-EU, est l’indispensable preuve de durabilité pour opérer sur les marchés du nord. Une extension de cette certification selon les exigences du CORSIA*, à l’étude, est destinée aux énergies pour l’aviation. Cette certification fait particulièrement sens avec le développement de l’offre d’huiles prétraitées « OleoVE » réservée aux raffineries et bioraffineries car leur débouché potentiel serait le biojet fuel.

L’énergie Oleo100, le B100 développé par Saipol, dispose également d’une certification spécifique. Fabriqué avec des graines de colza françaises conventionnelles, il apporte 60 % d’économie de GES par rapport au gazole.

Enfin, pourquoi ne pas se projeter sur des marchés bien plus lointains ? « Les marchés des biocarburants sont sous tension aux Etats-Unis, nous y pensons », répond Romain Lebas. Avec à bord du navire, l’attestation de durabilité US -EPA, évidemment !

* Carbon Offsetting and Reduction Scheme for International Aviation. En savoir plus.

Merci Brassica carinata !

« Quand je suis arrivé chez Saipol en 2018, j’ai découvert la Brassica carinata, explique Romain Lebas, responsable du desk Carbone et Energies. Cette crucifère se distingue par un bilan carbone neutre de réduction de Gaz à effet de serre. Un partenaire nord-américain nous commercialisait ces graines tracées depuis les États-Unis et l’Argentine. Après avoir remis à plat l’ensemble de nos process de gestion de la durabilité courant 2018, l’exemple de la Brassica carinata nous a montré qu’avec une culture intermédiaire qui possède un bon score GES, nous pouvons améliorer la performance carbone de nos huiles. Et qu’en captant davantage de valeur, nous pourrions la redistribuer aux agriculteurs afin d’encourager l’agriculture de conservation des sols (ACS). Alors pourquoi ne pas appliquer ce raisonnement au colza français et le garantir à faible empreinte carbone grâce à une méthode de calcul reconnue par la Commission européenne ? La solution d’achat de graines OleoZE voyait le jour.

Nous maintenons bien sûr nos importations de Brassica carinata sur des volumes grandissants car elle enrichit les possibilités de combinaisons pour les marchés des biocarburants routiers du nord de l’Europe et le marché du biojet dans toute l’Europe. En interculture sur six mois, entre deux sojas, elle complète le revenu des agriculteurs argentins qui sinon laisseraient les sols nus. Quant au bilan carbone de son importation, il ne pèse que très peu : il est à peine deux fois plus élevé qu’un transport de graines par camion en France.

Forts des enjeux autour du transport décarboné nous comptons aussi multiplier les sources d’approvisionnement bas carbone. À l’étude en France : la cameline en interculture. Elle s’inscrit dans une démarche d’alternative pour la production de biojet, mais également avec d’autres produits possédant un statut de déchet ou de résidu comme les huiles usagées de friture, les huiles acides de raffinage et d’estérification ou encore d’autres déchets de l’agroindustrie. »

Romain Lebas - Saipol

« Avec les outils de traçabilité que nous avons mis en place chez Saipol, et en particulier avec notre solution OleoZE, nous garantissons les économies de gaz à effet de serre et la durabilité de nos énergies bas carbone, ainsi que la conformité avec les réglementations en vigueur. »

Romain Lebas, responsable du desk Carbone et Energies

Grâce au calculateur instantané d’OleoZE, chaque agriculteur ou organisme collecteur peut déclarer les pratiques de l’exploitation et connaitre le bonus de prix lié à sa production de colza ou tournesol, et au stockage de carbone dans les sols.