Pourquoi parle-t-on aujourd’hui d’un retour en force de la prime GES ?
Guillaume DE LA FOREST : Le marché de la prime GES a été chahuté depuis son lancement en 2020. Les mandats d’incorporation allemands et suédois, basés sur la réduction des GES et non sur des objectifs énergétiques comme en France, ont fortement stimulé la demande entre 2020 et 2022. Ensuite, plusieurs facteurs ont perturbé le marché. La Suède a drastiquement réduit son mandat en 2023, passant de 30% à 6%. L’Allemagne, elle, a maintenu un mandat ambitieux et croissant, mais a introduit en 2022 la notion de double comptage pour certains biocarburants issus de certains types de déchets (Annexe 9A de la RED).
Concrètement, quel impact a eu le double comptage sur le marché ?
G.DLF. : Il a créé un avantage compétitif massif pour les déchets. En effet, lorsqu’on incorpore 1 tonne de biocarburant Annexe 9A en Allemagne, à 90% GES, on économise 3,15 tonnes de CO₂, multiplié par deux grâce au double comptage, soit 6,3 tonnes de CO₂. Pour comparaison, 1 tonne de biodiesel de colza à 90 % de réduction de GES économise 3,15 tonnes de CO₂ et 1 tonne de colza standard 60 % GES économise 2,11 tonnes de CO₂. Autrement dit, 1 tonne de biocarburant Annexe 9A équivaut à 3 tonnes de colza 60 % de réduction de GES. Ce système a conduit à une fraude massive, avec 2,7 à 2,9 MMT de biocarburants et huiles de déchets importés de Chine en 2022 et 2023, sur un marché européen de biodiesel de 17 MMT.

Guillaume DE LA FOREST
Analyste de marché chez Saipol
Quels changements sont attendus en 2026 ?
G.DLF. : L’Allemagne prévoit de mettre fin au double comptage pour se conformer à la directive REDIII, qui l’interdit pour les mandats basés sur les GES. C’est un changement majeur : le colza, et surtout le colza bas GES, redevient donc très compétitif par rapport aux huiles de déchets. De plus, la fin du double comptage implique une hausse significative de la demande physique, puisque 40 % du mandat allemand était jusqu’ici rempli par des tonnes de CO₂ « virtuelles ». Il faudra cependant rester vigilant : le parlement allemand n’a pas encore adopté cette décision, même si elle fait consensus dans l’industrie du biodiesel. Le vote est attendu au cours du premier semestre 2026.
Peut-on considérer cette évolution comme une tendance de long terme ?
G.DLF. : Oui. Dans la lignée de l’Allemagne, les Pays-Bas passeront également d’un mandat énergétique à un mandat GES dès 2026, avec interdiction du double comptage, et la France adoptera un mandat mixte énergie et GES à partir de 2027. Cela ouvre de belles perspectives pour le marché des biocarburants bas GES et donc pour les agriculteurs qui mettent en place des pratiques agricoles bas carbone.
Comment Saipol accompagne-t-il la filière dans ce contexte ?
G.DLF : Dans un marché en pleine reprise, la fiabilité des données est un enjeu majeur. Saipol répond à cette exigence grâce à son programme Empreinte, qui garantit à l’ensemble de la filière une conformité totale avec la réglementation.
Au-delà de la traçabilité via l’outil digital OleoZE, Saipol propose un accompagnement complet via les organismes stockeurs, notamment pour les analyses de sol à réaliser dès 2027, indispensables pour être conformes aux exigences réglementaires des commercialisations de biocarburants bas GES (avec ESCA*) à partir des récoltes 2023. Empreinte by Saipol a été conçu pour assurer sérénité et sécurité face à des réglementations complexes, en s’appuyant sur des équipes expertes qui déploient des solutions pragmatiques et adaptées aux besoins du terrain.
*ESCA : Emission Saving from Soil Carbon Accumulation.