Futur énergétique

Retour vers le futur énergétique

Article rédigé le 21 avril 2021

Échange avec Kristell Guizouarn,

Directrice Stratégie Energies Nouvelles et Affaires Européennes Avril

Avoir le choix plutôt que subir. Telle est la ligne de conduite adoptée par Saipol pour déployer son offre commerciale autour du carburant Oleo100 et proposer de nouvelles énergies. Grâce à une parfaite connaissance des acteurs du transport et de la réglementation, Kristell Guizouarn, directrice des Affaires européennes groupe Avril et Stratégie énergies nouvelles Saipol se projette dans « l’étape d’après » afin de préparer la bonne stratégie.

Saipol transports

Comment identifier les secteurs énergétiques qui deviendront de nouveaux marchés pour Saipol dans cinq ou dix ans ? Pour répondre à cette question stratégique, Kristell Guizouarn, directrice des Affaires européennes du groupe Avril et Stratégie énergies nouvelles pour Saipol, a une méthode bien rodée. Elle a fait ses preuves avec Oleo100, le carburant fabriqué à partir de colza 100 % français et s’applique pour de nouveaux secteurs : «Nous co-construisons, par étape, avec les entreprises intéressées par nos solutions, les études économiques et les plans d’action. Puis, nous les portons devant les pouvoirs publics si besoin». Les cycles se répètent. Oleo100 a aujourd’hui le vent en poupe dans le transport. Mais, bien avant son lancement en 2018, Saipol avait dû s’assurer qu’il puisse être un carburant autorisé en France en tant que B100. Tout d’abord pour légaliser son utilisation mais aussi pour obtenir une fiscalité adaptée.« Il nous reste encore à faire classer en Crit’air 1 les véhicules B100 à usage exclusif irréversible, ce qui est totalement légitime compte tenu de l’impact positif du B100 sur la qualité de l’air en agglomération », souligne-t-elle.

L’huile alimentaire ou à des fins énergétiques, même enjeu !

L’argument qui fait mouche auprès des pouvoirs publics, outre ses atouts techniques et environnementaux, concerne l’origine française d’Oleo100. Dernier maillon d’un écosystème industriel qui part de la graine, il capte de la valeur qui est redistribuée jusqu’à l’agriculteur. « Le maintien du colza est essentiel en France, pour soutenir l’indépendance alimentaire mais aussi pour des raisons agronomiques», complète-t-elle. Taclant ceux qui continuent à croire que son usage à des fins énergétiques s’effectue aux dépens de l’alimentation des hommes et des animaux : « Pendant l’année 2020, malgré la baisse des production de biodiesel et d’Oleo100 liée à la réduction des déplacements dans le pays, nous avons continué à fabriquer des tourteaux pour les animaux car il fallait fournir les filières alimentaires, et nous avons dû trouver des débouchés pour l’huile végétale à l’export puisque nous n’étions pas en mesure de la valoriser sous forme d’énergie. Face à une conjoncture économique en replis, nous aurions dû fermer temporairement des usines. Nous ne l’avons pas fait. L’alimentation, c’est le sens premier de notre mission. »

Colza voyageur

Les prochains projets sont ambitieux : des matières premières issues des oléagineux pour répondre à la décarbonation du secteur aérien ? Du colza pour satisfaire le mix énergétique du transport naval ? Les conditions de marché sont plus favorables qu’au début de l’histoire, cadrées par le Pacte vert européen et les stratégies de décarbonation engagées dans les pays européens. « Plus personne ne restera avec un carburant composé à 100 % d’énergie fossile», prévoit-elle. Quant à la nécessaire boule de cristal qui lui permet d’anticiper, d’évaluer les opportunités justement en lien avec la réglementation ? L’un d’entre eux est un outil bien plus rationnel que celui des cartomanciennes : la loi de finances. Elle l’attend chaque fin d’année : « les équipes trouvent dans ces textes des opportunités qui soutiennent notre stratégie, nos actions ». Pour preuve, l’intervention dès septembre 2020 auprès du Gouvernement pour faire durcir la réglementation sur l’incorporation de l’huile de soja importée dans les carburants en 2021 et non en 2022. « Pourquoi attendre deux ans quand on parle de souveraineté, de plan protéines et de lutte contre la déforestation importée !», ajoute-t-elle. Un combat collectif réussi.

kristell guizouarn

« Trouver des points de convergence avec les acteurs du transport autour de l’offre d’énergies nouvelles biosourcées pour préparer l’avenir. »

Kristell Guizouarn, Directrice Stratégie Energies Nouvelles et Affaires UE Avril